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PHILOSOPHIE – ENSEIGNEMENT – ÉCOLE – SOCIÉTÉ – Éléments divers et variés. ABÉCÉDAIRE
« Nous ne pouvons jamais attendre pour agir que nous ayons la compréhension absolument certaine de toute la situation. Nous allons seulement par le chemin dans lequel nous conduit la vraisemblance. Tout devoir (officium) doit aller par ce chemin : c’est comme cela que nous semons, que nous naviguons, que nous faisons la guerre, que nous nous marions, que nous avons des enfants. En tout cela, le résultat est incertain, mais nous nous décidons néanmoins à entreprendre les actions au sujet desquelles, nous le croyons, on peut fonder quelque espoir… Nous allons là où de bonnes raisons, et non la vérité assurée, nous entraînent. » Sénèque, Des bienfaits, IV, 33, 2., trad. P. Hadot.

« Une considération surtout qu’il ne faut point perdre de vue, c’est que si l’on bannit l’homme ou l’être pensant et contemplateur de dessus la surface de la terre, ce spectacle pathétique et sublime de la nature n’est plus qu’une scène triste et muette. L’univers se tait : le silence et la nuit s’en emparent. Tout se change en une vaste solitude où les phénomènes inobservés se passent d’une manière obscure et sourde. C’est la présence de l’homme qui rend l’existence des êtres intéressante. » Diderot, Encyclopédie
« L’énigme de la philosophie est que quelquefois la vie est la même devant soi, devant les autres et devant le vrai. Ces moments-là sont ceux qui la justifient. Le philosophe ne table que sur eux. Il n’acceptera jamais de se vouloir contre les hommes, ni les hommes contre soi, ou contre le vrai, ni le vrai contre eux. » Maurice Merleau-Ponty, Éloge de la philosophie.
14/12/2025
Dans Ouest-France de ce jour, un entretien avec Raphaël Glucksmann
23/9/2025
Un très intéressant article de Piotr Smolar – Le Monde —
Un monde ambigu et glauque ronge peu à peu la démocratie républicaine (une raison publique), du seul fait de sa richesse. À quand la théocratie universelle ?
Une bonne partie de l’entourage de D. Trump travaille à faire des États-Unis le pays d’une religion, unificatrice et directrice, la mettant au-dessus de la constitution, première. On aimerait pouvoir en rire en lisant ce passage de son discours en le prenant à la lettre : « Donald Trump a affirmé : « Nous devons assurer le retour de la religion en Amérique, car sans frontières, sans la loi et l’ordre et sans la religion, on n’a plus de pays. (…) On veut le retour de Dieu. » » IL était donc parti… et Donald Trump va le ramener, le recréer peut-être ! Il sera son Isis.
S.P.
12 septembre 2025
VENGEANCE OU JUSTICE ?
Dans la citation qui suit il y a le principe de toute vengeance, malheureusement, et ce qui la distingue de la justice (y compris de celle qui prétend qu’on peut se faire justice soi-même). Cela vaut pour notre temps.
« Je ferai du mal même l’instrument de mon bien ».
Shakespeare, Henry VI, Pléiade, 1959, trad. Fr-V. Hugo

31 août 2025
6 avril 2025
Corruption, « Altération (de la substance) par décomposition ». Le Robert,
/ corruption / Le Pen/ justice/ « tyrannie des juges ».
La démocratie ne se réduit pas au vote.
« La démocratie, c’est beaucoup plus que la pratique des élections et le gouvernement de la majorité : c’est un type de mœurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l’adversaire ; c’est un code moral. » Pierre Mendès France, La Vérité guidait leur pas (Gallimard, 1976).
On a pu entendre récemment que c’est par le vote que devrait être jugée Mme Le Pen, et tout élu dans le même genre de cas. D’abord, inévitablement, cela conduirait au plébiscite. Ensuite, et surtout, il faudrait admettre qu’un élu est au-dessus des lois dans une société comme la nôtre. Être élu serait avoir la possibilité de contourner les lois, avoir un passe-droit ? Elles sont sa raison d’être.
Répandre que des juges auraient utilisé leur fonction pour servir non la justice mais des convictions politiques est mettre en doute leur probité sans rien en savoir. Suggérer ce doute publiquement est calomnieux.
Par ailleurs, il faudrait les croire bien bêtes. Faire cela dans le but d’empêcher un succès de l’extrême droite ? Ce serait pour le moins se conduire en apprenti sorcier. Il est bien difficile de prévoir les réactions de l’électeur. Par exemple, il est connu qu’en certains cas de ce genre cela profite, directement ou indirectement, à ceux dont pourtant la justice a démontré la corruption (c’est peut-être ce qui affole actuellement quelques-uns). Ajoutons que cette sentence n’empêche aucunement le RN d’avoir un candidat (déjà connu). Plus encore, cette situation pourrait avantager ce candidat en dénonçant alors l’injustice subie par Mme Le Pen, selon lui. Pour aller jusqu’au summum du délire, disons-le : n’est-ce pas plutôt pour favoriser le RN que ces juges malins ont ainsi fait de Mme Le Pen une martyre ?
À sa manière, la plus étonnante et déplacée des réactions actuelles n’est pourtant pas celle des partisans du RN. Elle est dans l’affolement de certains craignant peut-être l’effet décrit ci-dessus, celui de perdre des voix à l’occasion de la future élection présidentielle, notamment lors d’un second tour, en ne pouvant espérer des ralliements venant de l’extrême droite faute de ne pas avoir dénoncé ce jugement. De fait, certains se font les complices d’une chasse aux juges en réclamant une accélération de l’appel. Curieusement, ils semblent envisager à l’avance une diminution de la sentence et ainsi apaiser des esprits qu’on nous dit choqués… Le journalisme du micro-trottoir à bon dos. Ils se font ainsi juges de la justice et collaborent de fait à une campagne dénonçant une prétendue tyrannie des juges. Nos lois n’ont été bafouées en rien et l’appel était évidemment possible (voir article).
Il faut au moins espérer que la rumeur de pressions exercées sur la justice pour une accélération de l’appel n’est qu’un bruit (voir article). Il serait véritablement choquant qu’une accélération et des modifications relèvent de pressions politiques. Tant pis pour le droit, sans lequel la liberté n’est qu’une illusion ? Tant pis pour ce pouvoir de la justice qui permet que d’être élu ne donne heureusement pas ce qu’on appelle ironiquement tous les droits, c’est-à-dire des possibilités sans limites ?
Défendre la justice pour ce qu’elle est, aurait dû être la seule attitude. Toute pression politique sur la justice la corrompt. Cela renforce l’opinion trop commune — pas toujours à tort — d’une inégalité des traitements.
Le peuple est-il si bête qu’il se fiche de la corruption ou ne veut pas l’admettre quand cela dérange ses convictions ? Cela arrive. Les démagogues y encouragent en flattant des opinions. C’est en cela que la démocratie ne doit pas être réduite au vote. Devrait-on soumettre les décisions de justice à des référendums ? ou les réserver aux élus, entre eux, quand bien même la justice ne fait qu’agir et juger relativement aux lois ?
C’est donc une chose que le RN injurie actuellement des juges, en voulant n’y voir qu’un acte politique. Ce parti glorifierait la probité des juges et leur indépendance si un de ses ennemis politiques était à la place de Mme le Pen. Mais c’est une autre chose qu’on entende dénoncer un jugement par tactique politique, selon ce que certains croient être leur intérêt. Cela enrichit les tendances présentes au populisme. Le mal est grand. Déjà on peut craindre que toute décision qui sera prise maintenant à ce sujet risque d’être soupçonnée, discréditée, dans un sens ou dans un autre, mais pas celui de la justice. S.P.

15 mars 2025
Le dernier rempart, ou presque. S.P.
Le président américain multiplie les pressions sur les magistrats fédéraux, « corrompus » et « diaboliques », qui s’opposent aux décrets qu’il a signés depuis sa prise de fonctions. Un bras de fer entre pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire que le locataire de la Maison Blanche entend bien gagner. Par Gilles Paris (Washington, envoyé spécial)
09 mars 2025
05 mars 2025
Un article instructif à propos d’Elon Musk et cette idée de l’école — Il serait intéressant de savoir ce qu’il appelle « propagande ». Lutte d’une propagande contre l’autre ? On serait loin d’un enseignement et proche d’une caste modelant une élite, en son genre, faite d’élèves augmentés… S.P.
Baptisée « Ad Astra », l’école sera ouverte aux enfants âgés de 3 à 9 ans. Elon Musk a déclaré que l’établissement fera en sorte « que chaque enfant passe par le même niveau de classe en même temps, comme une chaîne de montage ».
Article de Sarah Emerson pour Forbes US – traduit par Flora Lucas
20 janvier 2025
19 janvier 2025
Comme son prédécesseur, François Bayrou propose pour 2025 une baisse des dépenses publiques jamais vue. Il estime que la situation des comptes du pays ne lui donne pas d’autre choix. Ce qui n’est pas exact. Mathias Thépot — Mediapart
Commentaire S.P. : Un article bref et clair qui a le mérite de poser les problèmes, le point de vue adverse, en jaugeant les obstacles. Il recherche l’objectivité, laisse ouverte la réflexion, évite le catéchisme, et cela même s’il est orienté — ce qui n’est pas une faute.
Ainsi en est-il de l’obstacle européen des dits « technocrates de la BCE »* — ce qui porte d’autant plus à être européen, à y participer. Plus encore, il y a l’obstacle des réactions de ceux ayant une maîtrise sur l’économie (voire la finance, sa conjointe) et celui des “intérêts” particuliers, donc ceux de beaucoup de personnes qui en dépendent, n’étant pourtant pas des capitalistes ou d’ignobles spéculateurs, sinon à la (très) petite semaine.
L’affaire est alors humaine, légitimement ou non, faite très souvent de rapports de force et du plus grand nombre — voir / « la politique économique reste corsetée par les règles européennes qui visent à favoriser l’épargne sur l’endettement », etc. —. Une politique de relance doit pouvoir surpasser les effets parasites qu’elle peut provoquer, contre elle, qu’on juge cela injuste ou pas. Cela en suppose les moyens et leur efficacité : à l’échelle même de pays, tous en ont-ils les moyens ? Rien de très simple donc.
Voilà en tout cas de quoi éviter les “yaka” de partis politiques flattant l’opinion, surtout en temps de campagnes électorales et de promesses — si sincères et de bonne volonté soient-elles. Sincérité et mauvaise foi sont souvent sœurs et être sincère n’est pas détenir la vérité. S.P
07 Janvier 2025 – Attentats janvier 2015
Par Nathalie Segaunes, Hélène Bekmezian et Arthur CarpentierPublié hier à 19h57, modifié à 10h42
28 novembre 2024
Un modèle qui a le mérite de parler de lui-même. Pas d’inquiétude, c’est dans un autre monde. Rien qui fasse peur à notre école, déjà bien assez abîmée. Sauf que curieusement, depuis plusieurs années, on y reconnaît des tendances familières à nos ministères, certes ici poussées à l’extrême, mais qui préparent le terrain (que cela relève d’une intention ou non). Ainsi de l’autonomie des établissements, du recrutement des professeurs par contrat plutôt que concours (sans compter à plusieurs reprises l’intention de laisser aux proviseurs la possibilité du choix des professeurs et du recrutement), du contrôle continu qui ouvre la porte aux pressions parentales… L’ambition première de cette réforme annoncée est « sa défense du “libre choix scolaire” », forcément séductrice. Le reste vient avec : « offrir plus de liberté d’enseignement à chaque État américain et donner aux parents les moyens de prendre les meilleures décisions en matière d’éducation pour leur famille ». Etc. L’école n’est donc plus que le prolongement de l’éducation familiale, sous son autorité. Quant à la laïcité… La simple séparation des Églises et de l’État étant ignorée du futur président — comme son premier mandat l’a montré — il ne faut pas rêver.
10 novembre 2024
« Une part de plus en plus importante des électeurs se montre prête à troquer les principes démocratiques contre ses intérêts partisans » — Deux articles de Mediapart.
| Musk, Bolloré : le parallèle que la France ne veut pas voir & Pourquoi la France est vulnérable à une dérive « à l’américaine » |
4 novembre 2024
Procès de l’assassinat de Samuel Paty — deux articles
Le Monde : Ce qui est reproché aux huit accusés du procès de l’assassinat terroriste de Samuel Paty ___ Mediapart : Assassinat de Samuel Paty : le procès d’un attentat et d’une rumeur
26 août 2024
11 juillet 2024
07 juillet 2024
• —> Anatomie (c’est à la mode) d’une DISSOLUTION, du latin dissolvere, dissoudre, solvere, solvant : « substance qui a le pouvoir de dissoudre d’autres substances » (Le Robert), par exemple un prince-président dissolvant des députés.
• —> LE PRINCE

• —> LES CONSEILLERS
« Il y a tel prince qui se croirait anéanti s’il n’avait sans cesse autour de lui des conseillers qui délibèrent.». Quelqu’un « demande si un prince doit mettre les affaires de son état entre les mains de ceux qui gouvernement sa conscience. Non, non, dit-il, car ceux qui ont l’esprit du monde sont entièrement incapables de gouverner sa conscience, et ceux qui n’ont pas cet esprit sont incapables de gouverner son État. Il dit même que c’est rendre son directeur inutile, car il est établi pour l’avertir des fautes qu’il fait, mais comment l’avertira-t-il de celles qu’il lui fera faire ? ».
Commentaire : « Je ne puis comprendre comment les princes croient si aisément qu’ils sont tout et comment les peuples sont si portés à croire qu’ils ne sont rien. » Montesquieu, Mes Pensées.
• —> ÉLIRE
« Vieux : Choisir comme meilleur. » (Le Robert). Aujourd’hui : Choisir selon ce qui apparaît un moindre mal , désespéré (S.P.).
• —> Et à la prochaine élection ? Tout commence maintenant. (voir dernier § d’un texte ci-dessous en date du 2 juillet)
04 juillet 2024
À tous les princes* ou celles et ceux qui voudraient le devenir.
« C’est un principe bien faux que celui de Hobbes que le peuple ayant autorisé le prince*, les actions du prince sont les actions du peuple, et par conséquent le peuple ne peut pas se plaindre du prince ni lui demander aucun compte de ses actions, parce que le peuple ne peut pas se plaindre du peuple ; ainsi Hobbes a oublié son principe du droit naturel, pacta esse servanda** : le peuple a autorisé le prince sous condition, il l’a établi sous une convention, il faut qu’il l’observe, et le prince ne représente le peuple que comme le peuple a voulu ou est censé avoir voulu qu’il le représentât. De plus il est faux que celui qui est délégué ait autant de pouvoir que celui qui délègue et qu’il ne dépende plus de lui. » Montesquieu, Mes pensées.
* princeps, premier et capere, prendre, capter, posséder une souveraineté. ** les conventions doivent être respectées
02 juillet 2024
ÉLECTIONS LÉGISLATIVES – 2E TOUR
À côté d’un très clair communiqué de Place Publique concernant le 2e tour et sa finalité, il convient surtout d’entendre le discours, presque gaullien, de Raphaël Glucksmann (*à sa manière. Voir la 2e vidéo de ce lien.)
Toute la difficulté est dans une vertu, démocratique, la capacité aux compromis. En lui même un compromis n’est pas résignation, au contraire. La situation est singulière. Aujourd’hui, c’est une république, aux principes universels les plus rigoureux, reposant sur une idée de l’humanité, impliquant la démocratie, que menace un parti qui ne s’y reconnaît pas. Cela pourrait se faire sans le moindre coup de force. C’est pourtant, d’abord, l’inégalité de nature en humanité qui serait rétablie et qui est même déjà ouvertement envisagée à propos de la double nationalité.
À quelques jours d’un événement redoutable renaissent bien des maux qui pourraient faire échouer un front républicain. Que des gens responsables se contentent de recommander de ne pas voter RN, revient à encourager à l’abstention. On peut sans doute comprendre certains refus de voter pour tel ou tel candidat. J’avoue ne pas connaître la plupart des candidats LFI à la députation. Admettons des cas qui rendraient inhumain qu’on exige de quelqu’un qu’il vote malgré tout pour l’un ou l’autre. À chacun sans doute de savoir si voter serait favoriser un danger égal à l’extrême droite, voire plus grand. Cela dit, l’abstention — donc peut-être à raison dans certains cas — n’est pas pour autant innocente ou neutre. Pour quelqu’un qui dit ne pas vouloir non plus voter pour l’extrême droite, s’abstenir facilitera la très possible, et même probable, victoire de cette extrême droite et donc ses conséquences. Il nous semble que beaucoup n’ont pas pris la mesure du danger RN. À d’autres, un changement de vitrine semble avoir suffi. L’opération banalisation, de longue date maintenant, a malheureusement progressivement porté ses fruits.
Ajoutons à ce problème, qu’il est difficile de ne pas penser à l’avenir :
En admettant que le RN ne puisse pas gouverner, même avec des alliances, rien ne serait réglé. Ce moment ne serait que celui d’un répit pour un gouvernement qui devrait alors être capable d’arrêter ce qui entraîne à une constante ascension de l’extrême droite. C’est d’ailleurs ce qui aurait dû être l’ambition du président Macron dans le temps qui lui restait. Sans cela, l’heureuse victoire contre l’extrême droite, espérée, d’un soir de juillet 2024, pourrait s’avérer être la dernière marche vers un pouvoir de cette extrême droite, la fois suivante, et cette fois sans concurrence. Il faut l’avouer, nous n’avons pas fini de nous inquiéter de la fragilité et des qualités du conglomérat NFP et de son programme. Les lendemains qui déchantent peuvent avoir des conséquences lourdes et imprévues. Il faudra autre chose que des convictions, des promesses et une suffisance aveuglante, pour éviter qu’on en arrive là. En tout cas, le compromis se révélera plus que jamais nécessaire. S.P.
28 juin 2024

« C’est peut-être par l’idée qu’un peuple se fait de l’homme que l’on jugerait le mieux de sa sensibilité nationale : législation, politique, littérature, manières sont toujours directement inspirées par cette idée non exprimée. Les Français ont plus de foi dans l’homme qu’ils n’ont d’illusions sur les hommes. Il en résulte un contraste assez remarquable entre les principes qui les séduisent et qui expriment leur confiance dans la nature humaine et les observations cruelles, les maximes assez noires, que tant de grands écrivains chez eux ont si élégamment et fortement fixées. […]
Je termine en vous résumant en deux mots mon impression personnelle de la France : notre particularité, (et, parfois, notre ridicule, mais souvent notre plus beau titre), c’est de nous croire, de nous sentir universels, — je veux dire : hommes d’univers… Observez le paradoxe : avoir pour spécialité le sens de l’universel. » [Paul Valéry, Regards sur le monde actuel.]

14 juin 2024
Un communiqué de l’Association des Professeurs de Philosophie de l’Enseignement Public
14 juin au 24 juin 2024
Voir aussi, du 21/6, en complément du jour, https://www.france.tv/france-5/c-a-vous/saison-15/6089921-les-invites-raphael-glucksmann-olivier-menard.html .
De cette émission ressort qu’il s’agirait, pour Raphaël Glucksmann, de voter “à gauche” au premier tour, gauche incarnée d’abord par le choix d’un nom — Nouveau front populaire — et ensuite par un programme. Ainsi serait construite « la digue » à même d’arrêter l’extrême droite. Premier problème : s’adresser à un front populaire est s’adresser à une partie des français, des électeurs, censés s’y reconnaître, et non à une société. Deuxième problème : si un programme est évidemment nécessaire à une élection, celui-ci est inachevé et incertain, voire ambigu. Faute de temps, parce qu’il n’est actuellement que le résultat des concessions des uns et des autres, on ne peut le croire suffisant.
La montée en puissance de l’extrême droite n’est pas d’aujourd’hui, ni même de la présidence Macron. Beaucoup trop ont cru à la fable d’un plafond de verre. Il est aujourd’hui nécessaire d’ôter leurs illusions à ceux qui sont tentés de voter pour l’extrême droite ou déjà résolus de le faire. À une liste de promesses il faut une crédibilité. La situation initiale et les conditions présentes de l’élection ne le permettent que très peu. La recomposition espérée d’une gauche n’est pas le souci des électeurs qui se tournent vers l’extrême droite. Plus largement, il faudrait beaucoup d’abnégation pour croire qu’actuellement il existe ainsi une gauche à même de gouverner, même si elle s’avérait effectivement délestée de ce qu’il y a d’insupportable et de démagogique chez LFI. Il reste à se montrer capable de résoudre les problèmes qui font de l’extrême droite un refuge.
À écouter Raphaël Glucksmann, il y aurait donc un premier tour politique, suite de cette recomposition commencée par les élections européennes, et un 2e tour de sauvegarde, donnant la priorité à un front républicain et qui serait véritablement celui d’un barrage de l’extrême droite. L’urgence est là [1], mais, comme signalé ci-dessous, il y a de quoi s’inquiéter. À ce jour aucun responsable n’a assuré d’un engagement pour un front républicain. À gauche comme à droite, beaucoup risquent de se trouver des motifs pour ne pas participer à un front républicain — les dernières élections législatives ou présidentielles l’ont montré.
Au total, tout cela est de l’ordre de calculs si incertains que c’est un pari qui est proposé. L’électeur pourrait s’extasier de cette liberté qu’on lui offre, du risque qu’il lui faut prendre. Mais cette élection nous fait à peu près aussi “libres” que l’est le joueur qui jette les dés sans savoir pourquoi il le fait, sinon en conséquence d’une démangeaison, et ne sait rien de ce qui en résultera. Roulette pour roulette, la Russe serait même une meilleure comparaison. Devant tant d’incertitudes, du fait de cette situation, il ne reste qu’un seul but : voter pour que l’extrême droite ne passe pas, et sans avoir aucun autre but. C’est déjà bien difficile et dépendra pour beaucoup des candidats. S.P.
[1] Rappelons qu’il peut n’y en avoir qu’un. C’est très peu probable, …bien sûr.
Suite/ élections législatives/Place Publique : une déclaration au Monde, en date du 14/06, intitulée » « Je n’y vais pas à reculons », assure Raphaël Glucksmann à propos du Nouveau Front populaire« .
Les dernières phrases en sont particulièrement importantes : » Il s’est ainsi prononcé pour « un désistement républicain » en cas de triangulaire au second tour. Si le candidat du Nouveau Front populaire n’est pas au second tour dans une circonscription, « je suis pour qu’on ne tergiverse pas pour appeler à voter pour l’opposant au RN à chaque fois », ajoute-t-il. « Ça doit être réciproque », prévient-il. » (Le Monde Live, 10h09)
Les dernières élections législatives ou présidentielles (2022) ont montré, à chaque 2e tour, à gauche, de nombreux refus de vote « pour l’opposant au RN à chaque fois ». Le présent pacte ne dit rien à ce sujet. Cela fait un Nouveau front populaire très loin d’être aussi un front républicain. L’accession au pouvoir serait donc le but premier de ce Nouveau front populaire et non de vouloir barrer la route au RN… Que l’on ne sache aujourd’hui rien à ce sujet est en soi un problème pour adhérer à cette alliance.
Sans doute on pourrait me dire que c’est ce programme qui permettra à lui seul de vaincre l’extrême droite. Soyons lucides : on peut le croire, voire en être profondément convaincu, mais sans aucunement en être assuré. Beaucoup des propositions ici présentes ont déjà été soumises aux électeurs sans suffire à un succès. La méfiance à l’égard de promesses de campagne électorale hante tout électeur et tend actuellement à faire le jeu de l’extrême droite. La situation est aujourd’hui telle qu’on ne peut se contenter d’un pari avec pour seul point d’appui une réunion de partis. Chacun la sait être incertaine, pour le moins expérimentale. Si cette volonté de s’unir peut en elle-même séduire, c’est d’abord à partir de ce qui l’a provoquée : la possibilité, peut-être la probabilité, que l’extrême droite l’emporte.
Il faut donc être clair : croire que cet accord et son programme suffiront aux électeurs serait une grave erreur. Il faudrait au moins, dès maintenant, être assuré que chaque composant de cette alliance s’engage à voter et à recommander de voter, par principe, pour tout candidat à même de s’opposer à l’extrême droite au 2è tour (s’il y a 2e tour). Cette gauche, à l’unité improbable dès les élections passées, ne peut oublier que la république est au-dessus des partis en même temps qu’elle est la garantie de leur existence et celle de la démocratie. S.P.
[ Pour une réflexion sur l’abstentionnisme, voir page Abstention (front républicain) de ce site.]
11-13 juin 2024
Tandis que le président pose en joueur, à gauche on reforme la Nupes en osant la nommer Front Populaire. En jurant son alliance avec d’autres contre l’extrême droite, sans aucune garantie, sans rien savoir de ce qui les unirait, le Parti Socialiste a de fait immédiatement concédé qu’il pourrait sacrifier ce qui vient de permettre un succès de la gauche, son seul succès des dernières élections, son alliance avec Place Publique et Raphaël Glucksmann. Faisant cela, il admet par avance qu’il pourrait contredire un « communiqué commun, Parti socialiste – Place publique, en réaction à la dissolution prononcée par le président de la République », en date du 10 juin. Ce communiqué confirme une unité clairement définie, reprenant les engagements de l’alliance PS-PP.
De deux choses l’une, soit il s’agit d’être prêt à se contredire, à trahir les engagements de ces élections, soit il s’agit seulement de montrer sa sincère intention d’une union contre l’extrême droite, dont les conditions resteraient pourtant entièrement à définir. Ainsi, peut-être ne s’agit-il que d’un jeu de politicien, cette alliance n’ayant donc rien d’assuré, pour chacun des protagonistes. On peut peut-être admettre ces méandres, admettre qu’ils sont inévitables, face à l’utilisation malveillante qui aurait sans doute été faite de la demande de négociations avant toute réponse. Reste que personne n’ignore d’irréductibles différences et que cela condamne aux seuls calculs sur la répartition des candidatures à la députation, négociations qui auront tout de rapports de force.
Cette Nupes déguisée en front populaire serait l’origine d’un échec. Chacun se prétend l’incarnation du “peuple” et les conditions d’un authentique front populaire ne sont pas présentes. Cette Nupes exhiberait immédiatement son caractère artificiel, son incapacité d’un projet juste et viable. Elle nuirait à l’espoir né du relatif succès du 9 juin. Aucun député ne pourrait s’appuyer sur une telle alliance pour justifier qu’on devrait l’élire. Reniant son récent engagement avec Place Publique, le parti socialiste se verrait vite retourner à sa niche et perdre l’occasion d’entamer son sauvetage. C’est un front républicain de gauche, celui d’une république sociale, comme notre constitution l’indique, qui mérite maintenant d’être mis en œuvre, au mieux qu’il est possible, compte tenu de la situation.
Voir ci-dessous un article du Monde, plutôt complaisant avec une réunion du 10 juin. On se déclare uni avant même d’unifier et, de fait, en excluant. L’impossibilité que soit renouvelée une gauche à même de gouverner, au moins faute de temps, risque d’être la seule victoire, pour lui, du pari présidentiel. S.P.
P.-S. (12/06/24) : https://place-publique.eu/notre-communique-commun-parti-socialiste-place-publique-en-reaction-a-la-dissolution-prononcee-par-le-president-de-la-republique/
« Ecologistes, socialistes, « insoumis » et communistes ont acté lundi soir le principe de candidatures uniques malgré des désaccords persistants. »
2 mai 2024
Dans le journal Le Monde, une tribune de Marie PERRET, présidente de l’APPEP, sur une insidieuse marginalisation de l’enseignement de la philosophie
11 avril 2024 — Programme de philosophie du concours externe de l’agrégation, session 2025
07 avril 2024
Un intéressant article du Monde, Saint Bandera ou l’obéissance jusqu’à l’absurde des enseignants russes de Benoît Vitkine
Dans le désordre, quelque chose entre Jaroslav Hasek, les Aventures du brave soldat Chveik, Vaclav Havel, Le Rapport dont vous êtes l’objet et La Boétie, Discours de la servitude volontaire. S.P.
13 mars 2024
Deux liens à propos du projet présidentiel sur la fin de vie, l’un renvoyant à une intervention du président de l’ADMD, l’autre à un éditorial de Patrick Cohen sur Direct 5
Fin de vie : halte aux caricatures ! – L’Édito de Patrick Cohen – C à vous – 11/03/2024
10 mars 2024
Alors que l’Ukraine traverse une situation inquiétante et que Gaza trépasse sous les bombes, l’historien du fait militaire constate que la France n’est prête ni matériellement ni militairement au moment guerrier contemporain.
Joseph Confavreux — Mediapart — 9 mars 2024 à 19h14
8 mars 2024
Le Monde avec AFP : L’Unicef recense plus de 230 millions de filles et de femmes qui ont subi et survécu à des mutilations génitales dans le monde
Le chiffre est en forte hausse depuis 2016 (+ 15 %) malgré des progrès dans certains pays. L’Afrique est le continent le plus touché avec plus de 144 millions de survivantes de ces actes qui infligent douleurs atroces et séquelles à vie.

17 février 2024
NAVALNY, L’ANTI-POUTINE — MEDIAPART
Avec plus de 110 millions de vues, ce documentaire réalisé par l’équipe de l’opposant russe Alexeï Navalny est un événement qui menace le règne de Poutine. Mediapart vous propose un sous-titrage en français pour prendre la mesure de la corruption du régime et comprendre la violence de sa réaction. François Bonnet
08 février 2024
La procédure avait été ouverte en août par Paola Roldan, une femme de 43 ans atteinte de la maladie de Charcot, qui vit en permanence sous oxygène et prostrée dans son lit. Le Monde avec AFP
01 février 2014
Un article de Mediapart : Quand Amélie Oudéa-Castéra s’activait au service d’une école privée hors contrat
« Quand elle était ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra a fait la promotion d’une école privée hors contrat. Récemment, elle est allée jusqu’à soutenir sa demande de passer sous contrat avec l’État, contre l’avis des services de l’éducation nationale. «
Mathilde Goanec, Mathilde Mathieu, David Perrotin, Ilyes Ramdani et Antton Rouget
Existe-t-il un art obstiné de s’enfoncer ? Des propos tenus sur Télématin semblent le prouver. Il est question d’une « pluralité » privé-public. Une chance pour qui : ses enfants ? Les « choix guidés par différentes considérations » sont-ils ceux donnés quand on a interrogé Mme Oudéa-Castéra ? Ils obligent à se demander pourquoi tous les élèves ne sont pas dans le privé. Si l’on prend ses critères comme mesure, il faudrait conclure que certain(e)s ne sont pas fait(e)s pour le meilleur… Le flou des « différentes considérations » qui conduisent à un choix et de la « pluralité », laisse entendre que certains n’auraient pas pour leurs enfants les mêmes exigences, voire pire. Etc. « Affreux, affreux, affreux… ». Tout cela porte à l’école à deux vitesses avec la sincérité d’un incessant lapsus révélateur. S.P.
28 janvier 2024
L’affaire Oudéa-Castéra donne à voir un privé qui, perfusé d’argent public, pratique une ségrégation sociale systémique pour garantir l’entre-soi des élites. Jusqu’à affaiblir l’école républicaine. Mathilde Goanec — MEDIAPART
Un très intéressant article.
Une chose est certaine dans les propos de la ministre de l’E.N., dans le privé on se fait des amis. Mais bien sûr, “cela ne nous regarde pas”. S.P.
17 janvier 2024
Devant le poids grandissant du contrôle continu dans le destin des élèves, de plus en plus de familles n’hésitent plus à contester les notations. Une ambiance dégradée où le « consumérisme » parental s’est accentué — Par Alice Raybaud
Commentaire
De longue date, bien avant la réforme Blanquer, les avertissements n’ont pas manqué quant à ce qu’il fallait craindre du contrôle dit continu. C’est fait. Ainsi s’est installée la pression parentale, anxieuse voire menaçante, sur les professeurs, leurs notes. Avec elle (voir l’article signalé ici), s’ajoutent de prétendues solutions d’administrations qui s’emparent d’une “bonne” régulation des notes : entendons qui participent à la rationalisation de la gestion des flux selon la demande sociale et politique. De fait (au moins), ces administrations entérinent et continuent la pression parentale, voire s’en servent. Il faut bien sûr travailler sur les notes, mais ce n’est pas nouveau. Les raisons de le faire ne sont ici aucunement pédagogiques, s’appuyant sur quelques cas qui servent de prétexte. — À côté de ce constat, une enquête serait à faire sur cette pratique privée et insidieuse : de quel milieu, s’il y a une différence observable, les parents sont-ils les plus protestataires et exerçant cette pression ? S.P.
[En marge, je signale le film A Serious man Joël et Ethan Coen (2009), même si ce problème n’y est qu’un élément déclencheur]
23 décembre 2023
Actuellement, 93 % des Gazaouis sont « en situation d’insécurité alimentaire aiguë », selon le Programme alimentaire mondial. Vendredi, une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU a exigé l’acheminement « à grande échelle » de l’aide humanitaire dans l’enclave.
21 octobre 2023
Des étoiles mystérieuses plein la tête
Pendant longtemps les scientifiques spécialistes du cerveau n’ont eu que le neurone à l’esprit. Or, des neuroscientifiques suisses viennent de mettre au jour l’existence d’une nouvelle cellule cérébrale en forme d’étoile : les astrocytes. Une petite révolution dans le monde des neurosciences. Anthony Laurent — Mediapart

15 octobre 2023
Un communiqué de l’APPEP à propos de l’assassinat de Dominique Bernard, professeur de Lettres.
25 mai 2023
T’as ton tuto ? Tu seras contractuel, animateur du « face à face pédagogique ».
Le Robert : tutoriel, ielle [tytɔʀjɛl] adjectif et nom masculin — ■ anglic.
2. nom masculin Inform. Logiciel conçu pour faciliter la compréhension du fonctionnement d’un logiciel. ➙ didacticiel.■ Guide d’apprentissage (texte, vidéo) pour se familiariser étape par étape avec une activité. Des tutoriels. abrév., fam. tuto. Des tutos coiffure.


Commentaire
Rien de vraiment nouveau, malheureusement, quant à ce recrutement à la hâte, répété, de professeurs contractuels. Pire encore : un discours s’installe qui normalise cette pratique et des critères de recrutement pour le moins discutables, à la manière des déclarations citées ici et de campagnes de recrutement. Le premier objectif est d’éviter les révoltes de parents : à n’importe quel prix, il faut pouvoir leur dire que chaque classe à un professeur. Mais au-delà, de longue date, au nom de la souplesse et de l’autonomie, certains souhaitaient faire de chaque établissement un centre de recrutement, pour le primaire ou le secondaire. Pour eux le manque de professeurs est une aubaine.
Un entretien d’embauche et le flair de recruteurs et d’experts vaudraient donc mieux que tous les diplômes et les concours, et mieux que les années de formation et les stages au contact d’élèves et de professeurs chevronnés, cela avant d’être reconnu titulaire. Inutile donc de s’interroger sur les raisons d’une désertion par rapport à la voie traditionnelle. Il suffit de louer de prétendues vertus de ce recrutement et d’invoquer le modèle de l’entreprise, notamment le rêve de proviseurs (ou autres) transformés en patrons recruteurs et responsables d’une marchandise. Cela aurait aussi l’avantage de transformer les professeurs en employés dociles, souples, et moins coûteux… Ce modèle l’emporte plus que jamais. Ainsi l’appel à être contractuel a toute la dignité d’une com, d’une pub armée d’images alléchantes. Le contractuel, libéré des “carcans” universitaires, de concours rédhibitoires, peut se laisser aller à lui-même, à son génie spontané d’une pédagogie de l’épanouissement — qui plus est à bon compte. Il est souriant, heureux , naturel. Le voilà libéré des exigences d’une discipline, de sa maîtrise, savante. Il l’est aussi de stages où l’on s’essaie, de l’expérience, qui se travaille. Ainsi est-il débarrassé du temps perdu en études et expérimentations coûteuses, puisqu’on lui propose d’être immédiatement un professeur à plein temps. Il sera d’autant plus proche de ses élèves. On comprend donc que, de ce point de vue, ce qui compte chez l’enseignant, c’est une personnalité, un dynamisme, une bonne volonté, un amour des jeunes. Des élèves ? …Il y a une différence ?
Pour le candidat au contrat, c’est ça ou pire, un job pour survivre, deux peut-être, et bientôt trois. Le motif est quelquefois clairement avoué. Cela se comprend. Disons-le : parmi ces candidats à l’embauche, par leur travail, certains deviendront de bons professeurs, mais ce sera au hasard, de tout point de vue.
Malgré tout, même en banalisant et normalisant ce mode de recrutement, l’EN n’arrive pas à cacher une panique devant le manque et l’urgence d’y remédier. Tenir un tel discours, vanter une telle forme de recrutement, la vague et expéditive préparation qui s’ensuit, est finalement leur seul moyen pour tenter que cela ne se voie pas trop.
C’est l’école qu’on méprise. Mépris pour les élèves, pour le savoir, la sensibilité, l’humanité dont ils devraient hériter, condition d’un présent et d’un futur, de leur futur. Mépris pour les professeurs en place. Mépris pour de futurs étudiants qui, pour beaucoup, comprendront trop tard que toute sélection n’a pas disparu et qui la subiront de la pire des manières. Mépris pour les parents auxquels on fait croire qu’il suffit de mettre ainsi un enseignant devant chaque classe, comme on bouche des nids-de-poule. Ironie du sort, il arrivera même, parfois, qu’ils s’émerveilleront de voir s’occuper de leurs enfants un technicien de l’animation très apprécié… Mépris tout autant pour ces candidats au professorat auxquels on ne demande que d’être là, ou presque, et de se dire motivé.
Tel est l’aboutissement en marche d’une école de masse qui n’est pas celle d’une démocratisation. Simon PERRIER
25 avril 2023
Tribune de Denis Kambouchner — Philosophe
Ce « pacte » ne résoudra pas la crise des vocations, car il n’offre pas aux personnels enseignants la sécurité dont ils ont besoin, estime le philosophe Denis Kambouchner, dans une tribune au « Monde ».
09 avril 2023
Par Hélène Jouan (Montréal, correspondante)
11 mars 2023
Un court propos sur un sujet d’actualité à la page TRAVAIL (lien). S.P.
À écouter notre président, sa volonté de réformer la retraite, passées les nécessités économiques qui la justifieraient, participe plus globalement d’un discours répété : mettre la France au travail et ainsi la rendre heureuse. Il faut se méfier des gens qui veulent vous rendre heureux […]
25/03/23
Une tribune / Fin de vie (lien ds le titre)
(La fin de vie, une nouvelle loi ?)
Soins palliatifs, suicide assisté, euthanasie, sédation, aide active à mourir.

Dimanche 16 octobre 2022
Samuel Paty, assassiné, décapité, en tant que professeur d’histoire de la république.
Sans récupérations douteuses ni atténuations insidieuses.
Cf. un article du Monde sur l’hommage rendu à Samuel Paty par sa sœur

14 & 17 août 2022
The ‘Stand with Salman’ event in New York mirrors a public reading of The Satanic Verses that took place after the fatwa was issued in 1989 — The Guardian
• Un article très intéressant de Christian Salmon sur la littérature et la liberté (origine Mediapart – lien dans le titre). Un retour sur l’affaire Rushdie
« Alors que Salman Rushdie a été grièvement blessé vendredi 12 août, nous republions l’analyse de Christian Salmon mise en ligne en 2019 à l’occasion des trente ans de l’affaire Rushdie, lorsque l’ayatollah Khomeiny condamna à mort l’écrivain coupable d’avoir écrit un roman qu’il jugeait blasphématoire. Ce fut l’acte inaugural d’une affaire planétaire, sous laquelle le roman a été enseveli. Christian Salmon«

N° 57, version papier en librairie ( Vrin etc.) ou Scopalto en version électronique et Cairn article par article
Mon article s’intéresse aux sciences comportementales et à l’approche comportementale, la nature de leur démarche, leur collaboration avec bien des pouvoirs. Leur empire est immense, de l’animal à l’homme en passant par la collecte des impôts, la conception d’une signalétique, la dépendance au tabac, la violence des jeunes, l’éducation, la gestion de crise ou l’organisation du travail, etc. L’efficacité y est la mesure de toute chose. L’intention est de rationaliser : gestion exemplaire, parfaits fonctionnements, bien-être de l’adaptation. Une psychologie de l’humanité, armée de leviers, biaisant, agira sur les comportements.
Réduit à des comportements, infantilisé, c’est l’humain qu’on abaisse. Des sciences, tout pouvoir tendra à aimer les moyens qu’elles lui offrent. Dans l’organisation du travail, bien-être et autonomie servent surtout la rentabilité. La flexibilité fait croire à l’autonomie mais elle exige un zèle millimétré, l’optimisation incessante de la ressource humaine. En politique, l’approche comportementale sert une méfiance élitaire de la démocratie, un paternalisme gestionnaire.
Dimanche 05 juin 2022
À propos de crème Chantilly
En commentaire de l’information suivante, de Franceinfo, publié le 04/06/2022 — lien : Législatives : Jean-Michel Blanquer bousculé et insulté sur un marché à Montargis par deux enseignants. L’ex-ministre de l’Education nationale a été visé par deux enseignants alors qu’il faisait campagne pour les élections législatives.
Commentaire : On imagine ces professeurs, ces collègues, se prenant pour les représentants des professeurs et des élèves. Pour s’autoriser cette “petite” violence, il faut en effet se croire investi d’une mission, croire agir au nom de la Justice, du Bien, du Peuple, … bref d’un absolu qui n’a rien de démocratique. De fait, ce n’est rien moins que le jugement de Dieu qu’on prétend ainsi incarner et se donner comme rôle, qu’il s’agisse de Blanquer ou d’autres.
Bien sûr, cette violence se dira innocente et justifiée par le comportement de la victime. Ce sera donc elle la vraie responsable de ce qui lui arrive, comme un enfant dit « c’est de sa faute » quand il prétend se justifier du mal qu’il a fait : ce qui revient à se déclarer irresponsable.
Le pire est que l’on dise que ce n’est pas grand-chose. Un peu de Chantilly, on n’en meurt pas. Mais ce n’est pas si simple. Il y a là un désir qui a pour raison d’être le plaisir d’humilier, de réduire l’autre à l’état de chose ridicule. Ce n’est pas peu, loin de là. C’est une violence à l’égard d’une personne, laquelle agit dans un cadre démocratique et républicain, selon le droit. D’en trouver détestable la politique, son traitement des professeurs ou des élèves, n’y change rien. La violence même d’une politique scolaire peu soucieuse de justice, d’une égale instruction, ne justifie pas un tel comportement. Elle justifie une lutte politique capable de se rendre crédible dans un cadre démocratique.
Cette manière d’agir, de vouloir ridiculiser son adversaire, pourrait être une méthode de fascistes ou populistes, cherchant le rire et la complicité des foules en exhibant ainsi celle ou celui qu’on veut voir humilié, ridiculisé. Si le degré n’est certes pas le même, le geste est de même nature que celui qui conduisit à tondre des femmes à la libération. En admettant que certaines aient été coupables de collaboration, cela ne le justifiait en rien. Il ne s’agissait pas de tondre mais d’exhiber publiquement la défiguration. Et cela faisait bien rire. De quoi ? Qu’est-ce qui fait rire quand quelqu’un est ainsi aspergé ou « entarté » ?
Depuis quand le défoulement et la vengeance font-ils partie des valeurs que défendent des professeurs au nom de l’école et de la république ? Agir ainsi est ignorer la distinction nécessaire entre respecter la personne et partager ses idées ou approuver ses actes. S.P.
Dimanche 29 mai 2022
« Les journées du recrutement de l’académie de Versailles »
À lui seul, cet appel, de détresse, des responsables de l’académie de Versaille est un symptôme exemplaire de l’état de l’E. N. Le manque de candidats aux concours s’ajoute. Une vidéo pathétique promet des emplois divers à qui en veut*. C’est une supplication pour tenter d’éviter un naufrage. Vous entendez bien : il s’agit pour cette académie de « plusieurs centaines de postes à proposer ».
À celles et ceux qui voudraient des renseignements, on propose des rencontres avec des contractuels. La normalisation de ce statut, et la déconsidération des concours, appuyée récemment dans le projet esquissé par le président Macron avant sa réélection**, sont l’affirmation de l’entreprise faite modèle pour l’éducation, au nom de la rentabilité et de la productivité — ce qui vaut pour les élèves, comme pour des marchandises…
Bienvenue à Pap Ndiaye, vraiment, mais la tâche est lourde.
* Professeur(e) des écoles, professeur(e) en collège et lycée, accompagnant(e) d’élèves en situation de handicap, médecin scolaire, infirmier(ère) scolaire, psychologue de l’Éducation nationale. ** cf article du Café pédagogique signalé ci-dessous au 31/3/22
Dimanche 20 mars 2022
Un article du Monde à propos d’une certaine naïveté ouest-européenne à l’égard du régime russe et de son maître : Guerre en Ukraine : face à Poutine, un déni européen

Jeudi 17 mars
Locke vs Poutine
» Il n’y a personne qui demeurera d’accord qu’un agresseur, qui se met dans l’état de guerre avec un autre, et envahit ses droits, puisse jamais, par une injuste guerre, avoir droit sur ce qu’il aura conquis. Peut-on soutenir, avec raison, que des voleurs et des pirates aient droit de domination sur tout ce dont ils peuvent se rendre maîtres, ou sur ce qu’on aura été contraint de leur accorder par des promesses que la violence aura extorquées. Si un voleur enfonce la porte de ma maison, et que, le poignard à la main, il me contraigne de lui faire, par écrit, donation de mes biens, y aura-t-il droit pour cela ? Un injuste conquérant, qui me soumet à lui par la force et par son épée, n’en a pas davantage. L’injure est la même, le crime est égal, soit qu’il soit commis par un homme qui porte une couronne, ou par un homme de néant. La qualité de celui qui fait tort, ou le nombre de ceux qui le suivent, ne change point le tort et l’offense, ou s’il le change, ce n’est que pour l’aggraver. » (J. Locke,Traité du gouvernement civil, 1690)
Dimanche 6 mars 2022
Discours de la servitude volontaire
Une image, ci-contre, des responsables les plus proches de Vlad. Poutine, des puissants (chefs de l’armée, du renseignement, divers conseillers), accompagnée d’extraits (ci-dessous) du Discours de la servitude volontaire de La Boétie (1530-1563), à propos du rapport des tyrans à ceux qui les secondent.

« Les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille [cède], plus on les sert, de tant plus[d’autant plus] ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout » […]
« Ce sont toujours quatre ou cinq qui maintiennent le tyran, quatre ou cinq qui tiennent tout le pays en servage. Toujours il a été que cinq ou six ont eu l’oreille du tyran et s’y sont approchés. Ainsi le tyran asservit les sujets les uns par le moyen des autres, et est gardé par ceux desquels, s’ils valaient rien[s’ils valaient quelque chose], il se devrait garder[protéger][…]. Voyant ces gens-là, qui nacquetent[servent – chérissent] le tyran pour faire leurs besognes de sa tyrannie et de la servitude du peuple, il me prend souvent ébahissement de leur méchanceté, et quelquefois pitié de leur sottise : car, à dire vrai, qu’est-ce autre chose de s’approcher du tyran que se tirer plus arrière de sa liberté[perdre en liberté], et par manière de dire serrer à deux mains et embrasser la servitude ? […]
Le tyran voit les autres qui sont près de lui, coquinant et mendiant sa faveur : il ne faut pas seulement qu’ils fassent ce qu’il dit, mais qu’ils pensent ce qu’il veut, et souvent, pour lui[le] satisfaire, qu’ils préviennent [anticipent] encore ses pensées. […] Il faut encore lui complaire ; il faut qu’ils se rompent, qu’ils se tourmentent, qu’ils se tuent à travailler en ses affaires et puis qu’ils se plaisent de son plaisir, qu’ils laissent[abandonnent] leur goût pour le sien, qu’ils forcent leur complexion, qu’ils dépouillent leur naturel ; il faut qu’ils […] prennent gardeà ses paroles, à sa voix, à ses signes et à ses yeux […] pour épier ses volontés et pour découvrir ses pensées. Cela est-ce vivre heureusement ? cela s’appelle-t-il vivre ? […]
Entre les méchants, quand ils s’assemblent, c’est un complot, non pas une compagnie ; ils ne s’entraiment pas, mais ils s’entrecraignent ; ils ne sont pas amis, mais ils sont complices. […] Être nuit et jour [à] songer de plaire à un, et néanmoins se craindre de lui […] ; avoir toujours l’œil au guet, l’oreille aux écoutes, pour épier d’où viendra le coup, pour découvrir les embûches, pour sentir la ruine de ses compagnons pour aviser qui le trahit, rire à chacun et néanmoins se craindre de tous ; n’avoir aucun ni ennemi ouvert ni ami assuré ; ayant toujours le visage riant et le cœur transi, ne pouvoir être joyeux, et n’oser être triste ! » La Boétie, Discours de la servitude volontaire.
Vendredi 04 mars 2022
Holodomor – Ukraine
Un court rappel, ci-joint, tiré d’un dossier sur les famines dues au pillage de l’Ukraine (et ailleurs) autour de 1931-1933 – L’Histoire 12-2013 n°394
Voir l’article entier de Nicolas Werth : https://www.lhistoire.fr/comment-staline-décida-daffamer-son-peuple

Dimanche 27 février 2022
Mort de Marcel Conche, philosophe.

25 février 2022
Éditorial de Laurent Marchand – Ouest-France
Guerre en Ukraine : Poutine ou « la folie d’un despote »
« Nous nous devons donc d’être totalement solidaires avec les Ukrainiens, alors qu’une crise humanitaire s’annonce à nos portes ». Par Laurent Marchand, rédacteur en chef délégué, en charge de l’international à Ouest-France.
15 janvier 2022
Carine Karachi, neurochirurgienne : « À l’origine de ma vocation, il y a un choc esthétique », propos recueillis par Olivier Pascal-Moussellard pour Télérama 3743 6/10/21
À lire, particulièrement ce qui suit, et tout l’entretien, plus que jamais d’actualité (et pas seulement pour le service qui est le sien), à la mesure du nombre de patients qui n’ont pas voulu être vaccinés alors qu’ils le pouvaient.
« Je trouve que l’hôpital a été exemplaire dans la prise en charge des patients. On a vu sa capacité à s’adapter, à faire sortir de terre des lits de réanimation qui n’existaient pas ; les médecins ont expliqué comment il fallait organiser les soins, les administratifs ont suivi, ça s’est bien passé et on a limité les dégâts pour les patients atteints du Covid.
Mais les dégâts collatéraux pour nos propres patients ont été immenses : ces malades n’ont plus eu accès à nous, ni nous à eux, et cela restera une grande souffrance. On a bien essayé de lutter au début, mais on a vite compris que cela ne servirait à rien, et que certains allaient mourir, faute de pouvoir être opérés. Tellement d’autres, c’est vrai, mourraient aussi du Covid… Pendant des mois, nous avons pratiqué une médecine de guerre comme je n’en avais encore jamais connu dans ma vie de médecin, et ma conclusion, forcément provisoire, est que la situation a été gérée au mieux, dans des conditions très difficiles. »


09 décembre 2021
Extraits d’un discours (en deux temps) de Jean Jaurès(1859-1914), en cette journée de la laïcité
Discours des 21 & 24 janvier 1910 à la tribune de la Chambre des députés.
21 octobre 2021
2 novembre 2021 : 14e Journée mondiale pour le droit de mourir dans la dignité
07 octobre 2021
Réaction à un entretien de France Info avec le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, publié le 06/10/2021 11 :02 Voir tribune à la page Confession (Secret de…)
06 septembre 2021
Un article publié par le Blog Mezetulle : *« Pronote » ou les ambiguïtés d’un « droit à la déconnexion » pour les professeurs*. — Il porte sur l’imbrication entre travail et vie privée, l’exigence d’une transparence, et de fait un changement de statut. S.P.
12 août 2021

Dear Friends, Colleagues, Fellow-Conradians
Following the great success of our virtual conference last year, the Joseph Conrad Society (UK) is again offering a three-day online conference this summer, on all aspects of the works of Joseph Conrad, access to which will be open to all, free of charge.
CFP: The 48th Annual International Conference of the Joseph Conrad Society (UK) 8-10 July 2021Virtual conference via Zoom meeting
22 avril 2021
Ci-contre, extrait d’un entretien publié en 2013 par la revue L’Histoire

06 avril 2021

Vous êtes professeur, vous n’êtes pas fatigué, pas malade. Assurément vous êtes enthousiaste, chérissez votre ministre. Vous êtes adulé par toute une société, …surtout quand elle voit en vous son salut, la meilleure des garderies. Bien sûr, confinement oblige, et soucieux d’aller au plus vite face à l’effondrement du niveau qui menace, vous voulez transmettre des cours en ligne. D’ailleurs, on vous y a incité. Vous êtes imperméable aux propos gouvernementaux qui soupçonnent que certains en profitent pour ne rien faire. Ils reçoivent les plaintes de parents ou élèves ne voyant rien venir, disent-ils. Vous restez stoïque quand depuis longtemps vous êtes impuissants devant un site officiel qu’on vous a vanté sans cesse comme celui d’un monde merveilleux de ressources, que d’ailleurs vous n’utiliseriez pas assez. Vous ne vous étonnez pas même que ces soupçons ou accusations, à peine voilées, feignent d’ignorer que beaucoup de professeurs, depuis longtemps, ou devant l’impossible, ont envoyé directement à leurs élèves le travail nécessaire.
Mais alors, pourquoi vous étonnez-vous et semblez moqueur, narquois, habité par le fiel de la mauvaise foi, face à la bonne volonté administrative. Comment se fait-il que vous vous plaigniez d’incessants dysfonctionnements et de pannes ? En fait vous cachez bien votre jeu, une fois de plus. Comment pouvez-vous rire, voire pleurer, avoir des crises de nerfs, à la réception de l’aimable et plein de bon sens message qui vous avertit qu’il n’y a aucun problème et qu’on veille à votre confort (voir ci-dessus sur les « mesures exceptionnelles ») ? Il s’agit, avec le temps qu’il faut, non d’une insuffisance mais d’une réorganisation pour votre bien. Jusqu’ici on ne vous avait rien dit pour ne pas vous inquiéter. Mais à la guerre comme à la guerre, non ? Et là vous apprenez que tout va bien, à la mesure d’une « logique de quota ». Rien à voir avec vos perverses critiques. Voilà dévoilé l’hypocrisie de votre zèle. Ingrats ! Avez-vous pris la mesure de l’intérêt qu’on a pour votre bien-être quand on prend soin de vous expliquer que vous passerez » à votre tour » ? Avez-vous mesuré quel degré d’expertise est nécessaire pour pouvoir vous informer d’une patience nécessaire, bien normale, en vous conseillant de vérifier « d’ici quelques minutes » si c’est peut-être votre tour ? Pourquoi vous plaindre puisqu’il est prévu que vous passerez à « votre tour », personnalisé, preuve du souci qu’on a pour vous, et cela malgré vos jérémiades ? Mesurez-vous l’effort fait sur soi par votre administration et l’humilité qu’il lui a fallu, pour qu’elle se dise « désolée » ? Il n’était nul besoin de le faire compte tenu du caractère normal de la situation. Les professeurs ne savent-ils pas qu’il y a des contraintes dans la vie ?
Bon. Sérieusement… C’est tellement bien dit, tellement logique, d’une logique imparable… Ce message aux professeurs est un modèle, surtout dans ce contexte. Un détail ? Problème anodin ? Oui, s’il n’était pas révélateur de tout un fonctionnement et d’un état d’esprit. Qui plus est le travail demandé était considérable, rendant insupportable ce ton moralisateur, qui n’a d’ailleurs pas disparu. Cela aurait plu à Jaroslav Hasek (ci-contre). Il vient un moment où il n’y a plus qu’à jouer au brave soldat Chvéïk, d’un zèle si parfait qu’il exhibe l’absurdité. S.P.
Un petit morceau de Deleuze, qui colle assez bien à la situation :
« Nous connaissons tous des manières de tourner la loi par excès de zèle : c’est par une scrupuleuse application qu’on prétend alors en montrer l’absurdité, et en attendre précisément ce désordre qu’elle est censée interdire et conjurer. On prend la loi au mot, à la lettre ; on ne conteste pas son caractère ultime ou premier ; on fait comme si, en vertu de ce caractère, la loi se réservait pour soi les plaisirs qu’elle nous interdit. Dès lors, c’est à force d’observer la loi, d’épouser la loi, qu’on goûtera quelque chose de ces plaisirs. La loi n’est plus renversée ironiquement, par remontée vers un principe, mais tournée humoristiquement, obliquement, par approfondissement des conséquences. »
Deleuze, Présentation de Sacher Masoch.


01 janvier 2021
Tableau L’Astronomie — vers 1635-1640
Artemisia Gentileschi et Hypatie ?
L’auteur de cette « allégorie de l’astronomie » est incertain. Alors pourquoi pas se permettre un choix. Entre deux possibilités, selon ceux qui savent, je choisis Artemisia Gentileschi (1593-1656). Sa postérité a assez souffert d’injustices pour qu’on lui attribue sans scrupule une toile de trop.
Tout aussi arbitrairement, il me paraît évident que cette femme qui a le regard tourné vers les astres et leurs mouvements, animée du désir de la connaissance, est la philosophe et mathématicienne grecque Hypatie (v. 355-370 – 415 av. J-C.). Elle avait ouvert à Alexandrie une école néoplatonicienne et mourut lapidée par une foule chrétienne. Si Artemisia Gentileschi a eu connaissance de son existence, il ne serait pas surprenant qu’elle se soit reconnue, ait reconnu une part de son histoire, dans celle d’Hypatie, dans la violence subie autant que la volonté et la liberté d’une femme de faire ce qui n’était réservé qu’aux hommes.
Même si ce n’est pas le cas, il serait juste et beau que cela soit vrai, et s’il faut user de la formule avec prudence, on pourra légitimement resservir ici la bien connue fin du film de John Ford, L’Homme qui tua Liberty Valance : « When the legend become fact, print the legend ».
Une très bonne année à toutes et à tous. S.P.
Pour des précisions voir à la page HYPATIE et Artemisia GENTILESCHI
20 novembre 2020

6 novembre 2020
Élections aux États-Unis — Exclusif : une lettre de Platon à Donald Trump
Donald,
«Le plus grave des maux qui affligent l’âme de la plupart des hommes, c’est ce mal congénital pour lequel chacun est, envers lui-même, plein d’indulgence, et auquel personne ne prend les moyens d’échapper: (e) c’est le mal qu’on appelle l’amour de soi […] Ce qui est très vrai, c’est que chacune de nos fautes en chaque occasion a pour cause un excès d’amour de soi: celui qui aime s’aveugle à l’égard de ce qu’il aime, de sorte qu’il en vient à juger de travers sur ce qui est juste, bon et beau, (a) dans la conviction que toujours son intérêt doit toujours mériter plus d’estime que le vrai! En fait, celui qui sera un grand homme, celui-là ne doit chérir ni lui-même, ni les choses qui sont siennes, mais ce qui est juste […]. Or, c’est cette même faute qui explique que tous les hommes prennent la sottise qui est la leur pour de la sagesse: d’où il suit que nous, qui, pour ainsi dire, ne savons rien, nous nous figurons savoir tout, et que, faute de nous en remettre à autrui pour faire ce dont nous n’avons pas la connaissance, (b) nous nous trompons en le faisant nous-même. Aussi tout homme doit-il éviter de s’aimer véhémentement lui-même, mais être toujours à la poursuite de celui qui vaut mieux que lui, sans chercher à se retrancher, en une pareille situation, derrière aucun sentiment de fausse honte.»
Yours for your retirement, Platon
17 octobre 2020
26 septembre 2020
« Le naufrage de la vieillesse »
« De Gaulle parle souvent des ravages de l’âge ; Dans une conversation de 1948, il se lamente : “La vieillesse est un autre drame que la mort. La perte de la mémoire : dans tout ce qui est oubli sur la terre, il y a un peu de la mort. La mort, elle, alimente la vie sans cesse […]. Retour équitable, la vie ne cesse d’alimenter la mort !” En 1953, il note dans un carnet où il consigne de temps à autre des réflexions : “J’ai soixante-trois ans. Désormais, tout ce qui se rapporte à moi s’organise en fonction de ma mort.” » Julian Jackson, De Gaulle, Seuil, 2019.
[Ceci est une actualité ! :)]
24 juin 2020
Intermède (léger) — À propos de fantasmes sans fondement
Aujourd’hui j’ai appris quelque chose grâce à la newsletter du quotidien Le Monde (24/6/20) : il y a, dit-elle, au sujet de quelqu’un, « des fantasmes sans fondement ». À la lire, il y aurait donc des fantasmes fondés, rendant compte de la réalité, et des fantasmes qui n’en rendent pas compte, faute de fondement… Il y aurait donc des fantasmes qui ne sont pas des fantasmes ? Fichtre !
Allez, pas de mauvaise volonté. Ce n’est pas si difficile à comprendre. Ainsi dit par cette newsletter on apprend qu’il y a des fantasmes qui ne reposent pas sur la réalité, des rêves, des délires, produits de l’imagination. En cela, si on veut bien ne pas tout compliquer, est-il difficile de comprendre qu’il y a des fantasmes qui sont des fantasmes ! Et ce n’est pas peu ! Voilà ! Inutile d’ergoter, de jouer au pédant, à vouloir prétendre que le fantasme en lui-même suppose l’imaginaire.
…D’ailleurs ils reposent bien sur quelque chose, ils ont bien un fondement ces fantasmes, en tant que fantasmes sur cette personne ? Diantre ! J’abandonne, c’est trop compliqué. Cela m’apprendra. Mais, au moins, pas de mauvais esprit. Je le devine, d’autres vont s’abandonner à la familiarité en faisant semblant de comprendre qu’il y a des fantasmes qui n’ont pas de derrière. Vraiment pas drôle. À moins… qu’ils veuillent parler d’une pensée de derrière ? évoquer Blaise Pascal ? Ceux-là sont trop subtils, je renonce.
Ce n’est pas grave, tout le monde aura compris. Résumons donc : il y a des fantasmes qui sont des fantasmes et des fantasmes qui ne sont pas des fantasmes. Ce n’est pas plus compliqué que cela. S.P
14 mars 2020
17 février 2020
Alerte sur l’avenir de l’enseignement de la philosophie dans la voie technologique
14 décembre 2019
Le Premier ministre vient d’annoncer son souci que les enseignants ne soient pas victimes de sa réforme. La solution est pour lui le changement du statut des professeurs. Un travail a déjà été engagé en ce sens par le gouvernement.
Il faut le dire, annoncer à tous que l’on ne pourra plus partir à 62 ans en retraite à taux plein, sans décote, en ayant pourtant travaillé assez longtemps pour cela, et dire aux enseignants que c’est en changeant leur statut qu’on résoudra leur problème particulier, est audacieux, sinon téméraire, voire taquin. De mauvais esprits, assurément, ont eu l’impression, forte, qu’il s’agirait de travailler plus et plus longtemps pour perdre moins. Ils n’ont pas compris le sens de ces propositions et qu’elles sont porteuses d’une compréhension profonde de leurs aspirations.
Rassurez-vous donc chers collègues : désormais il n’est plus question de vous faire passer pour des gens avides, ne voulant travailler plus que pour gagner plus, voire pour l’incarnation typique d’un « esprit de jouissance » qui va jusqu’à estimer devoir gagner plus, sans travailler plus et même en continuant d’avoir des vacances ! L’actuel gouvernement s’en voudrait de vous prêter une telle vulgarité. En cessant de manifester à l’appel de quelques éternels aigris, vous-même devriez éviter de vous rendre indignes de la grandeur d’âme qui vous est ainsi… prêtée.
Travailler plus, oui, en devenant plus que jamais multitâches, en travaillant jusqu’à 64 ans et certes en courant après quelques « primes », mais, heureusement, seulement pour ne pas gagner moins ! Votre honneur est sauf. Ainsi, en même temps, vous est offerte la possibilité d’aider à sauver la planète en regardant avec mépris l’ivresse si plébéienne du consumérisme. Enseignants, il est temps d’en finir avec les complexes et le ressentiment du déclassé. S.P.

LA RÉPUBLIQUE EST-ELLE SOLUBLE DANS LE CARE ? À chacun selon ses besoins ?
Questions contemporaines – Actualité sociale et politique-Philosophie-Sciences politiques
Une recension du site *Les Philosophes.fr* : https://www.les-philosophes.fr/care.html
Présentation (complément 4e de couverture)
Le Care, et particulièrement celui de Joan Tronto, dénonce un « républicanisme » qui cache l’injustice des conditions de vie particulières derrière le masque de l’égalité en droit. Pour lui, l’universalisme dont se revendique ce républicanisme « libéral », forge l’illusion d’une indépendance. Elle culmine dans le modèle d’un homme mondialisé et finalement soumis. Contre cela, le care propose de retrouver un lien « asymétrique » dans une sensibilité aux besoins particuliers de chacun. Ainsi dénonce-t-il une tyrannie des « experts », qui s’approprient la définition des besoins et étouffent leur expression particulière.
Pourtant, son fondement est fragile, en particulier relativement à l’idée de besoin et à la solidarité organique qu’il semble espérer, dont l’immédiateté aurait été perdue. La difficulté n’est pas mince : la même recherche d’un lien fait aujourd’hui le succès très discutable de l’empathie. Le care nous semble oublier qu’une sensibilité doit être travaillée, réfléchie, cultivée, pour être source d’un lien authentique. Elle participe alors d’une liberté, sans laquelle l’homme est insignifiant, liberté qui n’est pas cet « individualisme », et finalement égoïsme, que dénonce justement le care. Ainsi peut se tisser, en pensée et en acte, le lien vivant qui fait l’humanité et la possibilité d’une véritable société.
La publication LA RÉPUBLIQUE EST-ELLE SOLUBLE DANS LE CARE ? À chacun selon ses besoins ?
Mots clés : République – Libéral – Autonomie – indépendance – Care – Tronto – inégalités – Besoins – Experts – Empathie – Liberté – Culture – Raison – Éducation